L’épaisseur d’un mur en pierre de 50 cm peut sembler rassurante, mais elle ne garantit absolument pas une isolation thermique efficace. Cette idée reçue mérite d’être déconstruite car un tel mur possède une résistance thermique d’environ 0,29 à 0,35 m².K/W, bien loin des normes actuelles qui exigent des valeurs comprises entre 3 et 5 m².K/W. La pierre, avec sa conductivité thermique élevée d’environ 1,7 W/m.K, transmet facilement la chaleur. Pour illustrer cette faiblesse, un mur de granit de 50 cm affiche autant de conductivité qu’un seul centimètre de polystyrène. L’isolation de ces parois anciennes peut réduire la facture énergétique de 30 à 40% et supprimer jusqu’à 20% des déperditions. L’investissement s’amortit généralement en 7 à 15 ans selon le mode de chauffage utilisé.
Points importants :
| Points essentiels | Précisions techniques |
|---|---|
| 🏚️ Faible isolation des murs épais | Résistance thermique de 0,29 à 0,35 m².K/W pour 50 cm de pierre |
| 💰 Économies d’énergie importantes | Réduction de 30 à 40% de la facture énergétique possible |
| 💧 Traitement préalable de l’humidité | Éliminer remontées capillaires et condensation avant d’isoler les murs anciens |
| 🌿 Privilégier des isolants respirants | Opter pour fibre de bois, laine minérale ou ouate de cellulose |
| 🏠 Isolation par l’intérieur économique | Coût entre 50 et 130 euros/m² mais perte de surface habitable |
| 🔧 Isolation par l’extérieur performante | Supprimer tous les ponts thermiques, budget de 150 à 300 euros/m² |
Les performances thermiques réelles des parois massives en pierre
Contrairement aux apparences, l’épaisseur importante d’un mur ne compense pas sa faible capacité isolante. La densité élevée de la pierre et l’absence d’air emprisonné expliquent cette contre-performance, l’air immobile étant le meilleur isolant naturel. Même un mur de 100 cm n’atteint qu’une résistance thermique de 0,59 à 0,60 m².K/W, ce qui reste très insuffisant.
La principale qualité des murs en pierre réside dans leur inertie thermique importante. Cette masse importante retarde l’entrée du froid ou de la chaleur à l’intérieur des pièces. En été, les murs absorbent la chaleur extérieure et conservent l’intérieur plus frais. En hiver, ils accumulent la chaleur du chauffage et la restituent progressivement, réduisant les variations de température. D’un autre côté, après une exposition prolongée au froid hivernal, le mur se refroidit complètement et l’intérieur de la maison également.
Ces constructions anciennes sont généralement composées de pierres liées à la chaux, enduits ou jointés avec un mélange de chaux et de sable. Les murs sont microporeux et régulent naturellement l’hygrométrie des pièces, créant un confort intérieur appréciable. Cette perspiration naturelle est fondamentale pour leur bon fonctionnement, car ces parois sont capables d’évacuer l’humidité intérieure et d’échanger avec leur environnement la vapeur d’eau et les calories contenues dans l’air.
| Épaisseur du mur | Résistance thermique initiale | Épaisseur d’isolant recommandée | Résistance finale |
|---|---|---|---|
| 50 cm | 0,30 m².K/W | 16-18 cm | 4,30-4,80 m².K/W |
| 60 cm | 0,35 m².K/W | 15-17 cm | 4,10-4,60 m².K/W |
| 80 cm | 0,47 m².K/W | 14-16 cm | 3,97-4,47 m².K/W |
| 100 cm | 0,60 m².K/W | 14-15 cm | 4,10-4,35 m².K/W |
Comment traiter l’humidité avant toute intervention d’isolation
L’humidité représente le principal ennemi du bâti ancien et doit impérativement être traitée avant tout projet d’isolation. Plusieurs phénomènes peuvent affecter les murs en pierre et compromettre l’efficacité de l’isolation.
Les remontées capillaires font migrer l’eau du sol vers les murs. Les constructions anciennes n’ont généralement pas de fondations ni de bande d’arase ni de rupteurs de capillarités, permettant à l’eau du terrain d’être absorbée. Pour y remédier, on peut retirer le sol étanche existant sur 40 à 50 cm de largeur et le remplacer par des gravillons pour recréer un drainage naturel. Un minéralisant peut bloquer les remontées capillaires. Si cette solution est insuffisante, la pose d’un drain plus profond doit être envisagée.
Les infiltrations d’eau peuvent provenir de joints détériorés, de fissures, de craquements d’enduits ou d’effritement des joints. Il faut alors envisager des travaux de réfection, rejointoiement ou ravalement de la façade. La condensation se forme lorsque l’air chaud et humide rencontre une surface froide. Depuis l’après-guerre, de nombreux bâtiments ont été restaurés avec des enduits imperméables à base de ciment qui bloquent la respiration du mur, piégeant l’humidité et provoquant moisissures, salpêtre, champignons et décollement de l’enduit.
Le traitement peut nécessiter diverses interventions : pose d’une VMC ou système de ventilation, drainage de la maison, assèchement des murs par injection de résine, rénovation des gouttières et évacuations d’eaux pluviales, décroûtage du bas du mur pour refaire un enduit respirant à base de chaux et sable. Pour éviter les risques liés aux plaques de fibrociment contenant de l’amiante dans les murs, un diagnostic préalable est indispensable.
Quels matériaux isolants respirants privilégier pour ces parois anciennes
Il est primordial de choisir un matériau isolant respirant adapté au bâtiment ancien. La pierre est capable d’évacuer la vapeur d’eau, on parle de matériau perspirant. Les isolants modernes non perspirants comme le polystyrène expansé risquent d’étouffer le bâtiment ancien et d’être à l’origine de condensation. Les matériaux biosourcés et perspirants sont particulièrement recommandés pour respecter le fonctionnement hygrothermique des murs anciens.
La laine minérale (laine de roche ou laine de verre) est un matériau perspirant admis pour l’isolation d’un mur en pierre. En intérieur, toutes les laines minérales sont adaptées. Pour l’isolation extérieure, on préfère la laine de roche car elle résiste mieux à l’humidité. C’est l’isolant respirant le moins coûteux et fréquemment utilisé, mais aussi le moins écologique. La laine de roche et la laine de verre sont généralement deux fois plus coûteuses que le polystyrène expansé.
La fibre de bois est l’une des solutions les mieux adaptées pour l’isolation d’un mur en pierre. C’est une isolation biosourcée à la fois respirante et écologique. Excellente pour l’intérieur comme l’extérieur, elle résiste très bien en extérieur et offre une isolation thermique durable et efficace. Elle présente une conductivité thermique d’environ 0,038-0,042 W/m.K et constitue un excellent régulateur hygrométrique. Le coût d’une isolation en fibre de bois est nettement plus élevé que la laine minérale.
La ouate de cellulose, issue du recyclage du papier, se trouve sous forme de panneaux ou en vrac, souvent soufflée. Elle est plus écologique à produire que la laine de roche et moins coûteuse que la fibre de bois, avec des performances thermiques de 0,038-0,040 W/m.K. Globalement plus adaptée à une utilisation par l’intérieur, elle est utilisée soufflée dans des caissons ou sous forme de panneaux isolants.
D’autres isolants naturels peuvent être envisagés :
- Le liège expansé, naturellement imputrescible et résistant à l’humidité, avec une conductivité de 0,040-0,045 W/m.K
- Le chanvre, très perspirant et régulateur naturel d’humidité, avec une conductivité de 0,040-0,042 W/m.K
- La laine de bois, la laine de mouton, les fibres de lin et les plumes de canard
Quelle technique d’isolation choisir entre intérieur et extérieur
Dans la majorité des cas, l’isolation par l’intérieur est privilégiée pour les murs en pierre. L’intérêt premier, mis à part un coût nettement inférieur, est la possibilité de garder la façade à l’identique. Sur les bâtiments anciens, c’est même parfois une obligation dans les secteurs classés ou à proximité d’un monument historique. L’ITI consiste à disposer un isolant entre le mur en pierre existant et un parement de finition, souvent un système Placostil avec isolant intégré.
Conditions essentielles pour l’ITI d’un mur en pierre : le mur doit être sec, sans traces d’humidité. Il est essentiel de laisser une lame d’air d’au moins 2 mm, voire 2 à 3 cm, entre le mur et l’isolant. Cette lame d’air évite le contact direct avec l’humidité et empêche l’accumulation d’air dans les murs favorisant moisissures et fissures. Pour une isolation avec ossature, il convient d’installer un frein-vapeur hygrovariable côté intérieur, après l’isolant. L’épaisseur de l’isolant doit être d’au moins 5 cm et idéalement entre 14 et 20 cm.
L’ITI offre plusieurs avantages : conservation du charme de la façade en pierres, amélioration du confort acoustique, technique plus rapide et simple que l’ITE, possibilité d’effectuer l’isolation pièce par pièce sans échafaudage, coût inférieur généralement compris entre 50 et 130 euros par m². Pourtant, elle présente des inconvénients : perte de surface habitable d’environ 8 à 15 cm sur chaque mur isolé, pièces inhabitables pendant les travaux, nécessité de refaire peintures ou tapisseries, réduction de l’inertie thermique.
L’isolation thermique par l’extérieur est plus efficace que l’isolation par l’intérieur et offre une performance thermique optimale. L’ITE supprime tous les ponts thermiques au niveau des planchers et refends, assurant une enveloppe isolante continue. Elle conserve l’inertie thermique des murs en maintenant la masse de pierre du côté chauffé. Plusieurs options existent : ITE sous bardage bois, ITE sous enduit à la chaux avec panneaux de fibre de bois, ou enduit extérieur isolant chaux-liège.
L’ITE concerne l’ensemble du logement avec une efficacité globale et traite la plupart des ponts thermiques. Elle n’entraîne aucune diminution de la surface habitable et pas d’obligation de déménager pendant les travaux. Par contre, cette technique est plus onéreuse, entre 150 et 300 euros par m², et modifie l’aspect de la façade, nécessitant une demande d’autorisation de travaux. Elle peut être interdite par les règles locales d’urbanisme ou en zone protégée.





